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Jean Vilar a fondé le Festival d’Avignon en 1947 : naissance d’un théâtre populaire

Christophe Henry 6 min de lecture
Cour d’honneur d’Avignon : fondateur festival avignon Jean Vilar répète en 1947

Le fondateur du Festival d’Avignon est Jean Vilar. Il crée l’événement en 1947, d’abord sous le nom de Semaine d’art dramatique , dans le contexte d’une manifestation artistique organisée autour du Palais des papes. Son projet dépasse une simple série de spectacles : il cherche à rendre un théâtre exigeant accessible à un public plus large que celui des salles parisiennes.

Jean Vilar, fondateur artistique du Festival d’Avignon

Jean Vilar est metteur en scène, comédien, directeur de troupe et défenseur d’un théâtre populaire. C’est à ce titre qu’il est reconnu comme le fondateur du Festival d’Avignon. Il conçoit la première programmation, choisit les œuvres, réunit les interprètes et investit un lieu qui reste associé à l’identité du festival : la Cour d’honneur du Palais des papes.

La naissance du festival est toutefois le résultat d’une rencontre. Christian Zervos, critique d’art et éditeur, ainsi que le poète René Char, contribuent au lancement du projet. Ils sollicitent Jean Vilar dans le cadre d’une manifestation artistique organisée à Avignon, en lien avec une exposition d’art moderne. La municipalité apporte également son soutien. Vilar transforme cette invitation en un projet théâtral cohérent, porté par une programmation et une vision artistique durables.

Fondateur, initiateurs et soutiens : ne pas confondre les rôles

Acteur Rôle dans la naissance du festival
Jean Vilar Fondateur artistique, metteur en scène et premier directeur du festival.
Christian Zervos Initiateur du rapprochement entre la manifestation d’art moderne et Jean Vilar.
René Char Poète associé à l’invitation adressée à Jean Vilar et au lancement du projet.
Municipalité d’Avignon Soutien local ayant permis l’accueil de la manifestation dans la ville.

Septembre 1947 : la première Semaine d’art dramatique

La première édition se déroule du 4 au 10 septembre 1947 . Son intitulé varie selon les documents : Semaine d’art dramatique ou Une semaine d’art en Avignon . Le nom de « Festival d’Avignon » s’impose ensuite, à mesure que le rendez-vous se renouvelle et élargit sa programmation.

La Cour d’honneur du Palais des papes, lieu emblématique de la fondation du Festival d’Avignon

Au départ, Jean Vilar est invité à présenter Meurtre dans la cathédrale. Il renonce finalement à ce projet et propose trois créations, plus conformes à sa vision et aux possibilités de l’espace avignonnais. La première semaine compte 7 représentations, réparties dans 3 lieux. Elle rassemble 4 800 spectateurs, dont 2 900 payants. Ces chiffres donnent la mesure de l’accueil réservé à cette nouvelle aventure théâtrale dans l’après-guerre.

Les trois pièces de 1947

La programmation initiale réunit trois œuvres de registres différents, choisies pour leur capacité à nourrir une rencontre directe avec le public :

  • Richard II de William Shakespeare, mis en scène par Jean Vilar dans la Cour d’honneur ;
  • Tobie et Sara de Paul Claudel ;
  • La Terrasse du midi de Maurice Clavel.

Cette sélection annonce une orientation qui restera associée au festival : faire dialoguer le répertoire, les écritures contemporaines et des formes de spectacle capables de réunir les spectateurs.

Pourquoi le Palais des papes a changé l’expérience théâtrale

La Cour d’honneur n’est pas un simple décor. Ses murs, son ciel ouvert et son échelle monumentale modifient la manière de jouer, d’écouter et de regarder. Jean Vilar y trouve un espace où peuvent se rejoindre l’architecture, la parole dramatique et la communauté des spectateurs. Le lieu devient rapidement l’emblème du Festival d’Avignon.

Un spectacle en plein air ressemble moins à une salle fermée qu’à un radeau : artistes et public avancent ensemble, exposés au vent, à la nuit, aux silences et parfois aux changements de temps. Cette fragilité partagée oblige à penser autrement la voix, les entrées, les lumières et les distances. La Cour d’honneur n’est donc pas seulement un cadre patrimonial. Elle crée une expérience collective, dans laquelle chacun perçoit physiquement la présence des autres.

Ce choix rejoint aussi une ambition de décentralisation théâtrale. Paris ne doit pas être le seul centre de création légitime. En installant un rendez-vous majeur en province, Jean Vilar fait d’Avignon un lieu de circulation des œuvres, des artistes et des publics. Le festival participe ainsi au renouvellement du théâtre français hors des circuits habituels.

Le théâtre populaire selon Jean Vilar

Le mot « populaire » ne signifie ni simplifier les œuvres ni renoncer à l’ambition artistique. Pour Jean Vilar, il s’agit de rendre le grand théâtre partageable : proposer des textes forts, des acteurs engagés, une mise en scène lisible et des conditions qui permettent à un public nouveau d’accéder au spectacle vivant.

Cette conception s’inscrit dans le renouveau culturel de l’après-guerre et dans le mouvement de décentralisation théâtrale. En 1951, Jean Vilar est nommé à la direction du Théâtre national populaire (TNP). Le lien entre le TNP et Avignon renforce son projet de constituer une troupe, de fidéliser les spectateurs et de présenter un répertoire universel en dehors des circuits habituels.

Une ambition collective plutôt qu’un événement mondain

Vilar défend un théâtre qui rassemble sans uniformiser. La représentation doit être un temps commun, propice à la discussion, à la curiosité et au développement du sens critique. Cette exigence explique la place prise par les rencontres, les lectures et les débats autour du festival. Le public ne vient pas uniquement voir des spectacles : il participe à une vie artistique et civique.

De la Semaine de 1947 à l’héritage de Jean Vilar

Jean Vilar dirige le Festival d’Avignon jusqu’à sa mort, en 1971. Durant cette période, l’événement devient progressivement une institution majeure du théâtre français. Après avoir quitté le TNP en 1963, Vilar peut consacrer davantage de temps au développement du festival, à ses publics et à ses espaces de jeu.

La programmation s’ouvre ensuite à d’autres disciplines. La danse y prend une place nouvelle en 1966 avec Maurice Béjart et le Ballet du XXe siècle. Le cinéma apparaît en 1967, année où le Cloître des Carmes devient également un nouvel espace du festival. En 1968, le Cloître des Célestins s’ajoute aux lieux investis, dans un contexte marqué par les contestations de Mai 1968.

Il faut distinguer le festival officiel , issu de l’entreprise de Jean Vilar, du Festival Off , qui se développe parallèlement à partir de 1966. Leur coexistence contribue à l’ampleur prise par Avignon en juillet, mais ces deux manifestations n’ont ni la même origine ni le même fonctionnement. Pour comprendre le programme de juillet, le cadre In et Off précise notamment que le In relève de la sélection officielle tandis que le Off fonctionne sur inscription des compagnies.

Les archives du Festival d’Avignon permettent de suivre l’évolution de la programmation, des directions et des grands moments de son histoire. Elles éclairent le projet lancé en 1947 : faire d’une semaine de théâtre dans un palais un rendez-vous durable du spectacle vivant.

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